787, des livraisons gelées depuis plusieurs mois
Les grands acteurs diversifiés sont mieux armés pour affronter ces retards. « Nous avions déjà ajusté notre business plan pour prendre en compte l’impact des retards. Nous restons optimistes et maintenons un dialogue permanent avec Boeing », fait sobrement savoir Thales. « A ce jour, aucune réorganisation industrielle n’a été nécessaire car le ramp-up [la montée en cadence, ndlr] de la production n’a pas encore eu lieu », se console-t-on chez Safran. Quant aux PME, elles souffrent. «Le plus difficile à gérer, c’est l’incertitude. Les livraisons sont gelées depuis plusieurs mois et on ne sait pas vraiment quand elles vont reprendre», explique François Calvarin, le PDG de Souriau. « Ces retards sont assez graves, car ils entraînent un décalage de cash flow. Nous n’avons quasiment aucune facturation depuis quelques mois », explique un autre fournisseur. Ce dernier compte toutefois se rattraper avec des contrats de service et de maintenance associés aux équipements qu’il fournit, sur la durée de vie du 787, c’està- dire 25 ans au moins. Chez un autre, qui a consenti des investissements significatifs dans la production, restés largement inexploités, l’amertume domine: « Boeing nous avait incités à produire rapidement,ànous rapprocher de ses sites, à être en zone dollars et territoire low cost. »
Pour l’instant, Boeing n’a pas envoyé de signaux très clairs à ses équipementiers. Si la situation continue de se dégrader, il pourrait suivre toutefois la même démarche qu’Airbus au moment des retards de l’A380. Son concurrent a débloqué des fonds pour venir en aide à certains de ses fournisseurs. Et ce ne serait pas de la charité. « Boeing doit assurer une surveillance rapprochée de ses partenaires. La défaillance de l’un d’entre eux, pourrait, dans certains cas, mettre en péril toute la production », explique Christian Torrego.